Résumé des interventions du colloque  » Rituels religieux entre partage et cloisonnement »

 

 Colloque  « Rituels religieux entre partage et cloisonnement »

CEDIFR, 17-18 et 19 février

Résumé des interventions

 

 

1.      Erwan Dianteill 

Du rituel comme institution fondamentale : retour sur Frazer, Mauss et Hubert, Hocart

Comment rendre compte de la place du rite dans le rapport des êtres humains à la nature et à la société ? Cette question est au centre des œuvres de J. Frazer, de M. Mauss et H. Hubert, de E. Durkheim et de A. M. Hocart. En relisant ces textes fondateurs, on peut tenter une sorte de triangulation permettant d’identifier la nature, la fonction et la dynamique du rituel. Frazer insiste sur le lien entre monde naturel et institution politique dans le rituel ; la succession du roi s’accomplit dans le sacrifice, on lui substitue un souverain en bonne santé afin de préserver la fertilité des animaux et des végétaux. Le roi est donc aussi un dieu de la nature, et le rituel fondamental est ainsi le meurtre du dieu roi et son remplacement. Les durkheimiens se concentrent de leur côté sur le rôle d’activation du symbolisme collectif rempli par le rituel ; en relation étroite avec la croyance, le rite est une médiation entre la dimension idéale et la dimension matérielle de la collectivité. Négligeant la question de la hiérarchie politique, de la royauté et du rapport à la nature, le rituel est avant tout conçu dans cette perspective comme un moyen de reconstitution de la solidarité sociale au moyen de la symbolisation totémique. Enfin, Hocart inverse le rapport entre action rituelle et action rationnelle. Anticipant certains développements du pragmatisme contemporain, Hocart affirme que l’homme est un animal rituel avant d’être un animal rationnel. Loin d’être une erreur associée à la pensée magique, le rituel est l’institution par laquelle s’est établie toute institution sociale ou technique. Le rituel anticipe et génère l’action empirique efficace, il n’est pas « un simple supplément d’âme » l’accompagnant. Si l’on suit ces trois voies théoriques, le rituel apparaît alors comme action symbolique originelle combinant une pragmatique politique du monde naturel et du monde social.

 

 2.      Vincent Delecroix

Peut-il y avoir une philosophie du rituel ?

La philosophie moderne de la religion s’est longtemps et par principe rendue inapte à penser le rituel. Marquée par la critique classique de la religion et surdéterminée par l’idée de religion naturelle (sans culte, sans rite), elle a considéré que celui-ci relevait d’une histoire archaïque de la raison et représentait la dernière survivance de la superstition (et de la magie) dans la « religion ». L’enjeu de cette communication est de montrer que le rituel n’est pas seulement l’objet de l’anthropologie et comment la philosophie est susceptible au contraire de le penser – en tâchant notamment de comprendre sa liaison avec la forme spécifique de la pensée religieuse, la manière dont le rituel « pense », et en le replaçant au centre de sa compréhension du religieux.

 

3.      Thom Sicking

Les rituels de la religion populaire traversant les frontières des religions.

Les pratiques et rituels de la religion populaire sont essentiellement une réponse à la précarité de l’existence humaine. Puisque cette précarité est la même pour tous les hommes, il n’est pas étonnant que cette réponse est semblable, malgré la différence entre les religions : il s’agit souvent de variations sur un même thème. Cette similitude rend, dans certaines circonstances, l’emprunt des pratiques propres à une religion qui n’est pas celle de celui qui les pratique possible. Dans d’autres cas ces pratiques manifestent un fort attachement à l’identité propre. Le cloisonnement est donc une autre possibilité malgré les ressemblances. Dans le cas des emprunts, les croyants de diverses religions se côtoient, sans que cela signifie un véritable partage.

 

4.      Bernadette Rigal-Cellard

Comment le mormonisme gère ses rites secrets dans sa quête de respectabilité chrétienne

Faisant suite à un travail réalisé il y a une dizaine d’années, cette présentation décrira rapidement les principaux rites mormons (la dotation, le mariage éternel, le baptême des morts…) pour se consacrer aux évolutions qu’ils ont subies ces dernières décennies. Réputée pour son goût du secret et du mystère, l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, l’Église majoritaire de Salt Lake City, était en effet accusée de pratiquer des rites ésotériques inquiétants, étroitement calqués sur ceux de la maçonnerie. Ces pratiques étaient longtemps restées complètement secrètes puisque les fidèles y ayant participé avaient pour interdiction d’en parler (sous peine de mort, disait-on alors). Bien que cette interdiction ne soit toujours pas levée aujourd’hui, un assez grand nombre d’anciens membres ont révélé au grand jour les opérations qui se déroulaient dans les temples, ce qui poussa l’Église à faire volte face. Elle entreprit de modifier quelque peu les cérémonies afin qu’elles perdent leurs connotations anti-chrétiennes et elle accepta de soulever le voile, autorisant la publication d’un assez grand nombre d’articles universitaires sur la question dans les revues de qualité qu’elle contrôle, notamment dans Dialogue, a Journal of Mormon Thought. Ce faisant, elle s’est bien évidemment écartée des préceptes édictés par les prophètes fondateurs, Joseph Smith, puis Brigham Young, et cela lui est reproché par les fondamentalistes mormons.

 

5.      Jesus Garcia-Ruiz

Le pentecôtisme en Amérique latine : particularismes dans un rituel emprunté

L’importance assignée à la conversion par les évangéliques comme « indicateur » de la recomposition de l’identité et des loyautés vaut également reconnaissance de son rôle central en matière de changement culturel. Celui-ci s’observe en premier lieu dans la transformation des pratiques puis dans une évolution des représentations, des modalités d’appréhension de la causalité du social. Elle acquière de ce fait même une signification sociale. Présentée comme rupture fondatrice donnant naissance à un individu nouveau, elle articule la nouvelle biographie personnelle, l’apprentissage d’un nouveau discours et des nouvelles pratiques, parmi lesquelles l’appropriation d’un nouveau système rituel. C’est précisément autour de ce processus de changement rituel que portera notre communication.

 

6.     Ouiza Galleze

Un sultan en quête de spiritualité. Bliad Esh-Sham ou la destination soufie.

- Les origines mythiques du pouvoir chez les mouwahidines du début du règne jusqu’à la venue de Yakoub (la prédication de Kitab al-Jafr)

- L’élan migrateur du maghreb vers le machreq (des causes et des hommes)

 

7.      Houda Kassatly

 

Sultan Yaacoub, une figure historique du Maghreb, ritualisée au Liban

Présentation du lieu de culte de Sultan Yaacoub dans la Bekaa

 

8.      Robert Benedicty

 

La transfiguration sacrale de la société civile : les célébrations de « âshûra’ au Liban.

 

Les célébrations de la fête de âshûra sont l’un des moments forts de la vie communautaire de l’Islam shi’ite au Liban. Ashûra est la commémoration du martyre de l’Imam Hussein dans la bataille de Kerbala’ (680). En effet, cet événement fondateur  exprime – selon Mussâ al-Sadre – le paradigme shi’ite de l’histoire  dans une formule prégnante. D’une part le caractère paradigmatique de la fête commémorative manifeste la profonde conscience d’identité de la communauté confessionnelle shi’ite et exprime, en même temps, sa compréhension de soi. Ce caractère paradigmatique de la fête explique, d’autre part, sa force mobilisatrice dans le domaine politique.

Du point de vue de l’anthropologue, les festivités de âshûra constituent un ensemble cohérent d’instruments sémiotiques dont la communauté shi’ite se sert pour présenter, sous forme scénique, les principaux contenus de sa vision du monde, ainsi que ses valeurs morales fondamentales. Aussi les articles de foi et les valeurs morales deviennent-ils, grâce à cette présentation scénique, une expérience actuellement vécue.

A la lumière de l’analyse du contenu thématique des célébrations il est possible de considérer ces célébrations comme la transfiguration sacrale de la communauté shi’ite.

 

 9.      Roula Talhouk

 Rituels chi’ites et Maronites: affirmation d’une identité

Cette communication est le fruit d’une observation participante pendant 5 ans (2005-2010) de deux communautés socio-religieuses en milieux urbain : la communauté shi‘ite de Haret Hreik, et la communauté maronite de Chyyah. Il s’agit d’une étude comparative de deux cérémonies religieuses : la procession de Āshūrā’ (commémoration du martyre de l’Imām Housssein, le petit fils du Prophète Mohammad) et celle du Vendredi Saint, en montrant dans les deux cas, le  passage du religieux vers le politique ainsi que l’affirmation d’une identité politico-religieuse qui défie l’autre. L’image de l’autre n’est pas seulement différente dans chacune  des deux communautés étudiées,  elle l’est également au sein d’une même communauté.

À la base, l’occasion est religieuse, le lieu de rassemblement est symbolique mais l’investissement est purement politique et cela  des deux côtés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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