Les arméniens dans le territoire libanais, notamment à Bourj Hammoud (Raffi Gergian)

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La   grande   particularité   de   la   société   Libanaise   réside essentiellement   dans   la   multiplicité  et diversité des communautés   qui   la composent. Cette diversité singulière, presque unique au monde du fait de sa localisation territoriale sur la carte moyen-orientale en constante  recomposition, définit la spécificité du Liban. Elle jaillit du travail et de l’élan des communautés venus s’installer dans ce pays-refuge.  Elles se sont enracinées  en cultivant des espaces religieux  et privilégiant les   échanges   intercommunautaires qui, au fil des années, ont contribué au développement des villes, dont celle de Beyrouth après l’établissement des rescapés arméniens au sein de son agglomération. Continuer la lecture

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Le regard du géographe sur le lien entre religion et territoire (Jocelyne Adjizian Gérard)

La plupart des géographes s’accordent pour placer au cœur de leur définition du territoire la notion d’appropriation, en le caractérisant comme une portion d’étendue spatiale découpée et organisée par les pratiques sociales et politiques d’un groupe humain.  Toutefois, différentes formes de genèse du territoire se chevauchent constamment et coexistent sur un même espace.  Un même point de la surface terrestre peut appartenir à plusieurs territoires d’ordre différents. Aussi, la question qui pourrait intéresser tout géographe est la manière dont les croyances  entrent en interaction avec les structures de l’espace et comment s’organisent les territoires « religieux », notamment dans un milieu pluriconfessionnel , où cohabitent (en partageant le même espace) différentes communautés religieuses. Continuer la lecture

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Les identités maronites en dehors du Liban (Mouna Zaiter)

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Comment les maronites de France, Libanais et expatriés, vivent-ils et perçoivent-ils aujourd’hui leur identité confessionnelle loin de leur territoire d’origine ? Celle-ci se dissout-elle dans leurs nouvelles conditions de vie ou le changement les conduit-ils au contraire à s’attacher plus fermement à leurs marqueurs religieux et culturels ?  Quels critères mettent-ils en avant pour se distinguer des groupes sociaux et religieux qu’ils côtoient ? Pratiquent-ils assidument leur culte ? Sont-ils encore attachés à leur foi maronite ? Leur religion peut-elle survivre longtemps loin de leur terre libanaise ? Comment le contexte de la culture d’accueil impacte-t-il leur pratique religieuse ? Notre Dame du Liban à Paris existe depuis bientôt cent ans, peut-on imaginer une telle longévité pour toutes les paroisses qui s’installent en Europe ?  Continuer la lecture

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Pastoralisme et religion : lieux de visite et conditions socio-économique dans le territoire excentré du Hermel. (Houda Kassatly)

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Le Hermel est une région essentiellement agricole située dans le nord du Liban. Le mode pastoral est encore très ancré dans cet espace décentré, resté à l’écart du pouvoir central et négligé par ce dernier. Ses habitants sont essentiellement de confession shiite et les mosquées qu’ils fréquentent sont des constructions récentes. Les lieux de visites ‘mazars » y sont plus anciens. Certaines pratiques consignées par plusieurs auteurs du vingtième siècle, et liées à ces derniers y sont toujours vivantes alors qu’elles ont disparu dans d’autres régions du pays, particulièrement là où le sunnisme est dominant. Il s’agit d’étudier l’interaction entre un territoire, une situation socio-économique et un culte des saints encore vivace.

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Pèlerinages latins en Terre sainte et territorialisation de la chrétienté (XIIe-XIVe siècle) (Camille Rouxpetel)

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Loin d’être un donné, la Terre sainte est un espace-temps construit et reconstruit par ceux qui la parcourent, la décrivent, l’imaginent et viennent y ancrer leur croyance. Arrivant en Syrie, en Palestine ou en Égypte dans le sillage des premiers croisés et dans le cadre des États francs, les pèlerins des XIIe et XIIIe siècles enracinent leur description dans la géographie sacrée et les réminiscences évangéliques. Revenant dans les années 1320 après l’interruption qui suit la chute d’Acre (1291), ultime capitale du royaume franc de Jérusalem, les pèlerins ne sont plus les membres d’une société de conquête mais sont soumis, le temps du pèlerinage, à la même souveraineté que leurs coreligionnaires orientaux, celle du sultanat mamelouk du Caire. C’est alors une autre Terre sainte qui se donne à voir, entre géographie sacrée et géographie réelle, dont l’identité chrétienne est fondée tant sur l’Incarnation et les traces de la vie terrestre que du Christ, que sur le passé récent des États francs et son peuplement chrétien oriental. Dans cette perspective, le processus de territorialisation de la chrétienté doit aussi être pensé en lien avec une religion de l’Incarnation et les itinéraires dessinés par les pèlerins. La Terre sainte n’est alors plus un simple cadre, mais devient un véritable acteur de la rencontre entre chrétiens d’Occident et Orients chrétiens et islamique.

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Des lieux de pèlerinage bibliques en quête de reconnaissance (Liban-Sud et Terre Sainte) (Nour Farra Haddad)

 

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Le Liban est une « terre de sainteté » marqué par les innombrables lieux de culte dispersés sur l’ensemble de son territoire ainsi que les vocations qui s’y sont manifestées et qui ont permis la canonisation de nombreux saints. Sur un tout autre plan, un mouvement a émergé souhaitant placer le Liban au centre de la Terre Sainte. Il tente de rappeler que le Liban est cité dans la Bible plus de 96 fois et que Christ lui-même fut son premier évangélisateur et foula son sol. Cette revendication territoriale se traduit aujourd’hui par des initiatives émanant de différents organismes et soutenue par de nombreux auteurs. Continuer la lecture

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Les territoires amérindiens du catholicisme : les identités tribales au sein de la Tekakwitha Conference (Bernadette Rigal-Cellard)

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Ma présentation résumera en premier les grands principes de l’inculturation tels qu’ils ont été développés en Amérique du Nord. J’explorerai ensuite sa mise en place par la Tekakwitha Conference, ce réseau d’Amérindiens catholiques, au départ un centre de réflexion créé par des pères missionnaires (bénédictins, jésuites, OMI) en 1939 pour améliorer l’évangélisation des tribus récalcitrantes au catholicisme. Il est nommé d’après Kateri Tekakwitha, une Indienne du XVIIe siècle qui fut canonisée en octobre 2012 et demeure à ce jour la seule sainte nord-amérindienne.

Au départ constitué exclusivement du clergé euro-américain, ce groupe, a  été pris en main par les Indigènes catholiques eux-mêmes dans les années 70, renforcés dans leur entreprise par Vatican 2. Je fais partie de ce réseau et j’ai participé à plusieurs de leurs gigantesques rencontres.

L’inculturation était pilotée par les pères jésuites et les oblats et les Amérindiens eux mêmes furent rétifs à l’appliquer dans les premiers temps, puis ils ont fini par l’accepter. Je montrerai comment certaines tribus ont interprété ces nouvelles modalités puis aussi les limites de celles-là : jusqu’où la culture tribale peut-elle s’inviter dans la pastorale sans émietter l’Eglise ? Y aurait-il un conflit possible entre Eglise universelle et territoires spécifiques ? Ma présentation sera accompagnée de photos et notamment des différentes représentations de Kateri selon la tribu et le territoire.

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Sainteté et territoire en Ifrîqiya médiévale

Sainteté et territoire en : inscription locale et dimension cosmique d’après l’hagiographie du cheikh Sâlim al-Tibâssî (m. 642/1244) (Nelly Amri)

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   A partir du XIIIe et surtout du XIVe siècle, on assiste en Ifrîqiya (mais le même constat avait également été fait pour le domaine mamelouk), à une inscription grandissante de la sainteté dans une perspective proprement « territoriale ». La simple fondation ou implantation, dans un lieu donné, d’un sanctuaire ou zâwiya entraîne une sacralisation de celui-ci. Les sources hagiographiques mettent l’accent sur la souveraineté juridique et l’inviolabilité dont désormais bénéficient ces institutions et leur « territoire », et leur reconnaissance par le pouvoir central –non sans conflits ouverts parfois–, ainsi que par les tribus, dont on étale la turbulence et les gestes spectaculaires de repentance. Les notices biographiques de l’époque évoquent aussi les conflits de juridictions entre saints et juristes. La compétition, au niveau des descendants du saint, notamment dans le choix du lieu de sépulture de celui-ci, témoigne à son tour de la présence d’enjeux territoriaux. La toponymie elle-même atteste de la confusion entre le saint ou son sanctuaire, et le territoire entourant ce dernier ou le faubourg né de l’installation du saint et qui n’est plus désigné que par lui. Cette inscription de la sainteté dans le territoire est, d’autre part, indissociable de l’émergence de la figure du « patron » local dont le pouvoir est, pour ainsi dire, enchâssé dans les pressions du milieu ; le saint apparaît de plus en plus comme le « gardien » attitré du village ou de la ville relevant de sa « juridiction » ; il en commande ou en refuse l’accès ; il est le « maître » du pays ; son pouvoir déclassant celui du politique. Continuer la lecture

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Pourquoi ce lien fort entre religion et territoire ? (Thom Sicking)

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Après avoir vérifié le lien étroit entre religion et territoire et avoir constaté les changements de ce lien dans le monde moderne, avec ses mélanges de cultures, nous passons en revue diverses explications de la recherche d’homogénéité religieuse dans chaque territoire pour obtenir l’unanimité des habitants dans leurs croyances. Durkheim souligne l’importance de la religion pour créer un consensus social.  Weber dans sa typologie de divers rapports entre pouvoir religieux et pouvoir politique constate que malgré les différences, les deux  pôles ont un intérêt à s’appuyer mutuellement. Delumeau constate que l’ancienne unanimité dans la foi cachait des divergences. Mais le fait de les cacher montre le souci de sauver au moins les apparences. Berger crée le concept de « structures de crédibilité » pour expliquer comment  l’homogénéité se crée et se maintient. Enfin le Liban peut servir d’exemple pour montrer comment, même dans la grande diversité des 18 communautés du pays la tendance à créer des espaces homogènes persiste.

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Religion et Territoire

IMG_4511 (2)Colloque organisé par le Centre d’études et d’interprétation du fait religieux (CEDIFR)

de la Faculté des sciences religieuses de l’Université Saint-Joseph

le 10 et 11 février 2017.

Même si le lien étroit entre religion et territoire semble être évident, il peut être compris et analysé de diverses manières. Le colloque du CEDIFR de 10-11 février 2017 en est une illustration. Un premier exposé a essayé d’expliquer les raisons de ce lien étroit à partir d’apports sociologiques (Thom Sicking). De quel territoire parlons-nous ? La figure d’un maître soufi du XIIIe siècle (cheikh Sâlim al-Tibâssî) montre d’abord que le lieu de sa sépulture donne un nom à un endroit ce qui constitue un petit territoire. Mais bien plus, l’influence de ce personnage s’étend très loin, et se lie à quelques territoires géographiques (Damas, Afrique du Nord) ou même carrément au cosmos tout entier (Nelly Amri). Dans un tout autre ordre on constate que la tradition chrétienne est liée à un univers culturel spécifique qui ne peut se maintenir inchangé lorsqu’il pénètre dans la culture des indiens d’Amérique du Nord. Les images et les célébrations doivent rejoindre cette culture bien différente et cela se fait progressivement, avec des résistances (Bernadette Rigal-Cellard). Les chrétiens parlent volontiers de la « Terre sainte ». Mais quels étaient les contours d’un tel territoire ? Ils changent profondément au cours de l’histoire. Des témoignages de pèlerins latins en différents moment de l’histoire en témoignent. De plus, la « Terre Sainte » change de contour selon les regards, chrétiens, musulmans, juifs (Camille Rouxpetel). Au Liban on a pris conscience que Jésus Christ a passé à différentes occasion par la partie Sud du Liban, notamment à Tyr et à Sidon. Le tourisme religieux est intéressé par ce fait et cherche à établir des lieux de pèlerinage précis, qui donnent envie aux pèlerins de venir. Il y a donc une recherche pour démontrer l’historicité de ces lieux, même – et peut-être surtout – lorsque des doutes sérieuses sur son historicité existent (Nour Farra-Haddad). Le Nord de la plaine de la vallée de la Bekaa est une région pauvre et délaissée. Sur ce territoire –économiquement délimité – il n’y a pas de lieux de culte grandioses. Mais des endroits très modestes, où les habitants viennent avec leurs dévotions, existent et échappent au contrôle des autorités religieuses. On y trouve encore des pratiques que l’on ne trouve plus nulle part ailleurs (Houda Kassatly). Les chrétiens maronites sont, par leur histoire, fortement liés au Liban. Que se passe-t-il lorsqu’ils émigrent et restent pourtant liés à leur tradition, tout en s’adaptant à leur nouvel environnement ? La réponse n’est pas univoque. Une enquête en révèle divers caractéristiques, montrant par-là que l’identité maronite en dehors du Liban se cherche (Mouna Zaiter). Le regard du géographe sur le lien entre territoire et religion pose d’abord la question de la définition d’un territoire. Un espace peut devenir territoire par la volonté des habitants qui le déterminent. Un territoire est donc mouvant. L’installation des divers lieux de culte dans la ville de Beyrouth et de sa proche banlieue en témoigne (Jocelyne Adjizian-Gérard). Les Arméniens installés au Liban, à la suite des massacres, s’installent surtout dans la ville de Borj Hammoud. Les quartiers de cette ville prennent les noms de villages ou villes arméniennes, en ajoutant le mot « Nor », qui signifie « Nouveau ». Puis, le territoire devient plus homogène devenant une espace collectif mixte où d’abord les arméniens d’origine différente constituent une seul ensemble lequel à son tour s’ouvre à d’autres personnes déplacées qui viennent s’y installer à la place d’arméniens qui ont quitté le quartier ou même le pays (Raffi Gergian).

L’ensemble des exposés montre que le lien entre territoire et religion se maintient partout mais n’est jamais tout à fait le même. Il change d’un endroit à un autre et se modifie au cours de l’histoire.

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